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Una Bruja en Bici

Une année en vivant libre à vélo

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Du pays des hommes libres au pays des latinos d'Asie 

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Je sens mes cuisses brûler sous l’effort des côtes à 15 ou 20% que m’offrent cette route vallonnée bordée par les végétations désormais sèche et boisée du nord de la Thaïlande. En quittant le parc national de Doi Khu Tai, je me décide à faire un petit détour de 10km pour passer voir une clinique à éléphants. Les circuits touristiques pour aller voir les éléphants sont légion en Thaïlande., difficile de faire l’impasse sur une visite d’un centre. Certains centres ont meilleur réputation que d’autres qui proposeraient des ballades en nacelle à dos d’éléphants au mépris du bien-être de l’animal. Il est 8h30 quand j’arrive à la clinique, j’observer seule ces immenses pachydermes. Difficile de ne pas être touchée par les tailles colossales de ces animaux pourtant tellement inoffensifs, je les observe "de tout près" fascinée telle une gamine.

Les vues de la vallée sont magnifiques lors de ma descente vers Lampang à une centaine de kilomètres de Chiang Mai. J’y déguste un khao soy [ข้าวซอย] un plat typique de la région du nord, une sorte de soupe de curry bien épicée, servie au poulet, au boeuf ou poulet, avec des nouilles à l’oeuf bouillies, et d’autres croquantes. Le centre de la ville le long du fleuve Wang est bordé de joli des maisons en bois de style birman, chinois et thaï, j’y déambule à nouveau à la tombée de la nuit observant les jolies couleur rose et mauve du ciel de soleil couchant tout en découvrant de nouvelles saveurs thaï au sein du marché de nuit.


J’admire les flammes en passant à proximité d’un grand feu qui crépite le long de la route et dégage une chaleur imposante. C’est la saison des feux dans le nord. Même si la pratique est théoriquement restreinte par les autorités, de nombreux feux sont initiés par les locaux pour faciliter les récoltes, éloigner les serpents des champs de cannes à sucre, permettre au sol de se régénérer après récolte, etc. Malheureusement la qualité de l’air en pâti beaucoup et plusieurs villes sont constamment couvertes d’un épais brouillard de fumée. ll n’est pas rare de voir tomber des cendres emportées par le vent en se baladant dans les villes de la région.

Rizières et champs de maïs sont à nouveau mon quotidien mais je ne me lasse qu’à peine de leur verte beauté. En cherchant à m’arrêter pour camper je me fais adopter pour la nuit par les femmes d’un village qui me proposent de camper au carrefour de la route à la vue de toutes afin qu’« elles prennent soin de moi ». J’explique avoir de quoi manger mais la tenancière du magasin du coin d’une quarantaine d’années insiste suivie de l’ensemble du village qui me gave d’excellents mets et fruits tel un porcelet dénutri. « On est pareille toi et moi, deux femmes libres sans maris (son mari est décédé) » me dit-elle. Google traduction me permet d’avoir quelques conversations avec les locaux malgré la barrière de la langue. Ce n’est pas la première fois que je suis agréablement surprise par cette sororité. je me rends compte à quel point partout dans le monde les femmes se serrent les coudes entre elles. Elles se sentent peut-être responsables de moi, femme seule sur la route, proches en quelque sorte de mon vécu ? On ne parle pas la même langue, fille de la ville elles des campagnes, européenne, elles asiatiques, on ne partage objectivement pas grand chose si ce n’est notre féminité mais cela semble suffisant pour me tendre la main et me prendre sous leur aile. Je savoure ces marques d’affection, ce soutien et la douceur de la sororité à travers le monde.

Je longe les canaux et les rizières pour rejoindre Phitsanulok. Mon warmshower Mark m’y accueille dans son hostel c’est l’occasion pour moi de casser ma routine camping et conversation google traduction par une vraie douche et des discussions un peu plus élaborées. J’aurai pu éviter la ville mais j’ai délibérément fait un détour vu mon temps disponible et l’opportunité de passer une soirée avec d’autres voyageurs et locaux parlant anglais.

« How much for camping here ? » je demande en arrivant devant un complexe touristique en haut de la vallée appelé « Bamboo camp » la dame me sourit d’un sourire qui signifie je ne comprends pas ce que tu dis. Après quelques échanges via google traduction interposée, elle me laisse camper dans son resort (qui n’est en fait pas du tout un camping) gratuitement. Elle aussi me prendra sur son aile, venant vérifier que tout se passe bien, astiquant les toilettes et douches avant mon utilisation, m’offrant le café, le petit déjeuner et la conversation à travers sourires et nos petits bijoux de technologie. Elle m’expliquera notamment qu’elle a voyagé aussi seule : « il y a très longtemps » « tu es très courageuse » me dit-elle avant de me souhaiter bonne continuation pour le reste de mon voyage. Je la remercie du fond du coeur car dans ces moments là lorsque je suis prise sous l’aile d’une maman de substitution d’une nuit je n’ai besoin d’aucun courage, le voyage prend alors cette saveur de douceur, aisance, tranquillité, il coule naturellement sans heurts.

Une dizaine de kilomètres de montée raide plus tard, mes efforts sont récompensés par une ravissante vue de la vallée au sommet d’un joli temple où 4 grandes statues de bouddhas se suivent. J’entame ensuite la descente vers le Mékong, ce fleuve si légendaire qui me semble tout droit sorti d’un livre d’histoire ou de contes lointains. Le soleil se couche sur la petit ville de Chiang Khan. Le Mékong prend des teintes jaunes, rose et rouge pendant que les touristes thaï se tirent des selfies. Je suis arrivée un vendredi, le tourisme local est à son paroxysme dans cette petite station balnéaire en bord de Mékong. J’observe amusée les hommes se faire diriger et reprendre plusieurs fois par leur bien-aimée pour obtenir le cliché parfait à instagrammer. Indéniablement, il faut pouvoir prouver ses compétences de photographe pour être un bon petit ami en Asie. L’attachement aux nouvelles technologies n’est pas un mythe en Asie du Sud-Est. Tout le monde est littéralement scotché à son smartphone scrollant les nouvelles des autres, envoyant des photos et des messages à leurs amis, prenant des clichés pour alimenter le fil d’actualité des réseaux sociaux. Il est très courant de voir un groupe de jeunes assis ensemble chacun sur leur téléphone en train de jouer à un jeu vidéo en ligne. L’avantage c’est que ça me décomplexe complètement de ma dépendance qui me semble tout d’un coup toute relative aux réseaux sociaux et nouvelles technologies.

Je déambule dans un très joli parc aux statues géantes à Nong Khai, Buffalo est resté seul à l’entrée. Je suis aux portes du Laos. Un couple de retraité d’allemand examinant Buffalo me hèle en expliquant que leur fils est aussi en voyage vélo pour un an, il ira vers la Chine en mars-avril. On rigole en pensant que je le croiserai peut-être sur les routes. Mon couchsurfer, MB, un néozélandais d’origine égyptienne m’accueille chez lui pour la nuit. Il me reste 25 km pour atteindre Vientiane et mon étape est finalement « déjà » terminée.


Le lendemain, je traverse tranquillement le pont de l’amitié Laos-Thailandais et obtient mon visa Laos assez facilement à la frontière. Vientiane est une petite capitale et le Laos semble un pays tranquille et très chill. Je remarque le drapeau rouge communiste à proximité du drapeau laos. J’avais totalement oublié que je suis dans un pays communiste tout comme l’est la Chine et le Vietnam.

Après avoir déposé ma demande de visa vietnamien et m’être enfilée une baguette entière au beurre confiture et un pain au chocolat, je savoure mon cappuccino en terrasse en attendant Dominique l’ami de mon père chez qui je logerai à Vientiane. Je sympathise rapidement avec mon voisin de table, Eli, un hollandais sur la fin de son voyage. On décide de passer la journée du lendemain ensemble à visiter la ville.

Je devais avoir 7 ou 8 ans la dernière fois que j’ai vu Dominique à Bruxelles, il m’accueille avec une telle bienveillance dans sa charmante maison en bois que je m’y sens tout de suite à l’aise. Et puis il y a des endroits, des atmosphères où l’on se sent tout de suite bien, la maison de Dominique en fait incontestablement partie. Il faut dire que j’affectionne particulièrement le bois, matériau doux, chaud et vivant, quelle agréable sensation de se balader pieds nus dans la maison. Une jolie bibliothèque tapisse le mur et accueille notre regard dès que l’on passe la porte d’entrée, un coin composé d’une table basse, tapis et coussins invitent à l’évasion littéraire, le mobilier en bois ou osier et les quelques cadres photos et bibelots témoignent de son affection pour la découverte d’autres cultures et complètent l’atmosphère douce et calme de sa maison. On papote dans un restaurant local autour des voyages, de l’histoire de la région, de la Belgique, du boulot dans la coopération au développement (il a travaillé longtemps pour Oxfam) et les ONG en général.

Les laos sont les latinos des asiatiques m’explique en rigolant Thibaut un autre coopérant ami de Dominique qui passe me prendre pour m’amener au mariage auquel je suis conviée. « Tu verras ils sont cool, ils aiment danser, boire et rigoler, franchement va chercher un vietnamien ou un chinois qui danse et tu m’appelles ». Je lève un sourcil sceptique en regardant les Laos danser doucement sur cette musique typique sud-est asiatique. Ici la danse est tranquille, il faut juste bouger un peu les mains tout en avançant doucement en cercle. Bref ma moitié latino est très surprise de cette pratique de la danse très très sereine, détendue quasi flegmatique. Cela ne nous empêchera aucunement de nous amuser à ce mariage où la bière laos coule à flots. La matinée j’étais conviée à la cérémonie traditionnelle où Dominique me sert d’interprète et guide touristique sur les pratiques de la cérémonie.

Des oeillets orange et des jarres remplies d’argent et offrandes diverses composent l’autel pour cette cérémonie de mariage animiste mêlant un peu de tradition bouddhiste. Elle peut être réalisée pour le mariage mais pour d’autres évènements tels les longs voyage ou d’autres faits marquants dans une vie. Elle a pour objectif d’unifier les 32 âmes qui composent notre esprit selon la croyance des laos. Pour les mariages la tradition veut que le prétendant mime une arrivée avec son escorte auprès de sa belle et entame une négociation avec les parents et la famille de sa promise. Les femmes bloquent en effet l’entrée avec leurs ceintures pour tenir leur « sinh », jupe traditionnelle laotienne. Après tractation et soudoiements à coups d’alcool, le prétendant peut passer la porte pour être unis à sa belle.

A peine 3 jours au Laos et déjà une si belle collection de souvenirs, de sourires et de richesses humaines. A l’écoute d’une bonne musique électro, je rédige la fin de cet article tout en attendant un de mes meilleurs ami Corentin qui me rejoint dans quelques heures pour entamer un voyage au pays des latinos d’Asie. Je suis envahie d’un sentiment de bien-être profond parce que fondamentalement confiante que les jours qui suivront se passeront à merveille. Au diable la proposition de coalition miroir, le coronavirus, les tracas des visas et la suite de la route incertaine encore pour moi, il y a des jours où il faut juste savourer la chance qu’on a d’être là où l’on est.



 
 
 

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